Assemblée Générale Régionale 2016
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Amicale Nationale des Retraités de l'Audiovisuel
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Mercredi 19 juin 2019

Monastère de Maulbronn

Ayant quitté Bruchsal à 14h45, notre bus nous dépose à 15h30, une trentaine de kilomètres plus à l’Est, devant le mur d’enceinte du monastère cistercien de Maulbronn, fondé en 1147. Long de 850 mètres, ce mur existait déjà au milieu du 13ème siècle. Aujourd’hui, il ne reste plus que deux tours dont celle de la Sorcière ou du Treuil. Avec ses cinq étages et ses grosses pierres de taille à bossage, elle a été construite en 1441 et renforcée vers 1491.  

Après avoir franchi la tour-porte fortifiée datant du 15ème siècle qui en constitue l’accès principal, on découvre la grande cour du monastère occupée par les anciens bâtiments fermiers ou administratifs qui couvrent plus de la moitié de l’enceinte monastique. Les tons chauds des façades des premiers édifices en pierre contrastent avec les maisons à colombages du 18ème siècle. Les anciennes écuries de style gothique, modifiées vers 1600, sont devenues la mairie de Maulbronn. 

Le plus grand bâtiment est l’imposant grenier d’abondance, avec ses dimensions au sol d’environ 45 m sur 25 Plusieurs fois remanié, il abritait un grenier, un pressoir et des chais ainsi qu’un atelier où étaient entreposés les récipients en bois servant au transport des produits agricoles. Voisine du grenier d’abondance à l’ouest, la tonnellerie, accueillant aujourd’hui le centre d’information où nous attendait notre guide, a peut-être abrité le Bursarium, c’est-à-dire l’administration de l’abbaye cistercienne. Dans la maison à colombages du 18ème siècle à l’est se trouve l’inspection des vignes.

Les bâtiments claustraux ferment le côté est de la cour du monastère avec laquelle le réfectoire des frères convers (moines non soumis à la Règle majeure de l’Ordre et assuraient les tâches matérielles) est de plain-pied. Délimitées par des encadrements rectangulaires, ses travées comptent chacune deux fenêtres en plein cintre et un oculus rond. Leur dortoir était situé à l’étage juste au-dessus. Dissimulée, la porte d’accès au cloître se trouve derrière l’avant-corps à deux travées faisant suite au réfectoire des convers.

Placée au sud, l’ancienne église abbatiale, actuelle église paroissiale, est surmontée de deux lanterneaux qui datent de l’époque gothique. Elle est précédée du porche appelé « Paradis ». 

L’architecte du porche, réalisé vers 1220, est inconnu mais c’est lui qui a introduit le gothique à Maulbronn. Il subsiste des restes de peinture remontant aux années 1430. Le portail principal fait partie du décor original de l’église abbatiale de 1178. Ses vantaux en bois de sapin, les plus vieux d’Allemagne, ont conservé des restes de la tenture de parchemin fabriqué à partir de peaux entières d’animaux peinte en rouge à l’origine. Ses ferrures forgées sont richement ouvragées en forme de disques solaires, de croix encerclées ou de fleurs de lys.

Malgré un remaniement gothique, l’intérieur de l’église abbatiale à plan basilical à piliers et à trois longs vaisseaux s’étirant sur dix travées donne une impression de grande homogénéité, avec une simplicité et une austérité toutes cisterciennes. Ajoutées peu après 1400, les chapelles gothiques des donateurs possèdent de larges fenêtres en ogive. Les deux autels gothiques à baldaquin en pierre (ciborium) ont été réalisés vers 1500.  L’orgue, fabriqué par Gerhard Grenzing de Barcelone, a été placé en 2013 sur la grande tribune adossée au mur occidental de la nef. 

En raison de la stricte séparation qui était prescrite par la Règle entre les moines et les convers, le chœur de l’abbatiale possède une clôture. En avant, se dresse le remarquable et impressionnant crucifix en pierre du maître CVS (monogramme attribué à Conrad von Sinsheim). Il date de 1473 et a été réalisé à partir d’un bloc monolithe dans lequel l’artiste a imité la structure du bois.

On accède au chœur des moines en franchissant les portes en plein cintre du jubé. Les stalles gothiques, richement sculptées, se composent de 92 sièges. Réalisées dans la première moitié du 15ème siècle et complétées au 19ème siècle. Parmi les scènes bibliques qui y sont représentées, figurent : Noé ivre, David dansant devant l’Arche d’Alliance, Caïn et Abel, l’Arbre de Jessé avec la Vierge et l’Enfant Jésus.

Les frises armoriées des bienfaiteurs et des donateurs de l’abbaye, exécutées vers 1300, comptent parmi les peintures murales les plus anciennes de l’abbatiale. Les scènes peintes sur les parois sud et nord, réalisées en 1424 par maître Ulrich, relatent la fondation de l’abbaye, sa dédicace à la Vierge Marie et l’Adoration des Rois mages. 

La Madone de Maulbronn, une Vierge en majesté de style gothique, a été sculptée au début du 14ème siècle dans un seul bloc de bois de noyer par un artiste du milieu colonais (de Cologne). Plus grande que nature, elle était polychrome et ornée de fausses pierres en verre. Elle reflète par sa préciosité la vénération toute particulière que les Cisterciens vouaient à Marie Mère de Dieu.

L’aile sud du cloître, réalisée dans les années 1210-1220 par l’atelier du maître d’œuvre auteur du Paradis, est de style gothique primitif. D’étroites et hautes baies en plein cintre, également présentes dans les premières travées des ailes est et ouest, s’ouvrent sur le jardin. Elles contrastent avec les baies à remplage, plus tardives. L’aile nord a été voûtée vers 1350 dans le style gothique classique. Les vitres mises en place vers le milieu du 15ème siècle ont été supprimées par la suite. Des chapiteaux remarquablement ouvragés complètent l’ornementation. 

Apparue entre 1270 et 1300, la salle capitulaire, où les moines se réunissaient tous les jours, s’ouvre sur la galerie est du cloître. Trois piliers ronds supportent la voute gothique en étoile. Les clefs de voûte figurent les quatre Évangélistes, l’Agneau de Dieu et un ange du Jugement dernier jouant de la trompette. Des peintures à l’ocre rouge, plus tardives, sont richement ornées de sarments et d’instruments de la Passion.

Depuis le jardin, le visiteur jouit d’une vue dégagée sur l’ensemble du cloître avec son lavabo et sur l’église avec son grand lanterneau. Des fenêtres ogivales murées sont visibles sur la paroi extérieure de l’ancien dortoir des moines, situé à l’étage côté est. En face, dans l’aile ouest, il y l’ancien dortoir des convers. Les baies étroites en plein cintre de l’aile sud laissent nettement apparaître son style gothique primitif.  

Le lavabo est surmonté d’une construction à colombages réalisée probablement vers 1611. Laissé à la disposition du Séminaire protestant qui avait été créé suite à la règlementation de 1556 stipulant la suppression des ordres religieux et la transformation de leurs établissements en écoles monastiques, cet étage abrite, paraît-il, la plus belle salle de classe d’Allemagne.

Au fil des 460 ans d’existence du séminaire, certains de ses élèves n’ont pas hésité à graver leur nom dans les pierres du cloître. Plusieurs sont devenus célèbres comme le mathématicien et astronome Johannes Kepler (1571-1630), le poète lyrique Friedrich Hölderlin 51770-1843) et l’écrivain Hermann Hesse (1877-1962). Aujourd’hui, il accueille une centaine d’élèves des deux sexes qui peuvent y passer leur Abitur (baccalauréat).

Le lavabo abrite la fontaine à trois vasques superposées qui est devenue l’emblème du monastère. Elle fournissait l’eau fraîche requise pour les ablutions et le rasage de la tonsure des moines A la fin du 19ème siècle, alors qu’il ne subsistait que la vasque inférieure en grès, elle fut dotée d’un dessus de fontaine médiéval en bronze, l’ensemble étant complété par une vasque intermédiaire agrémentée de têtes de lions cracheurs d’eau, en référence au lion des armoiries des Hohenstaufen. Les peintures à l’ocre rouge de la voûte sont d’origine. Le mulet qui boit à la fontaine illustre la légende de la fondation du monastère que les moines auraient érigé à l’endroit exact où l’animal qu’ils avaient amené avec eux, se serait arrêté pour boire.

Un couloir vers l’est mène au bâtiment de liaison de style gothique tardif datant de la fin du 15ème siècle. La salle du rez-de-chaussée, couverte d’une voûte en réseau, aurait fait office de chapelle mariale selon une inscription de 1862 évoquant une dédicace à la Vierge Marie. Sur la paroi est, on distingue les deux saints abbés Benoît de Nursie et Bernard de Clairvaux agenouillés aux pieds de la Vierge en majesté avec l’Enfant Jésus.

En face de la fontaine du lavabo, se trouve le portail du réfectoire des moines, une salle splendide de style gothique primitif probablement achevée vers 1230 dont les dimensions impressionnent (27,20 m de long sur 11,50 m de large et 10,40 m de haut). Les peintures à l’ocre rouge, datées de 1517, s’agrémentent de sarments et d’autres délicats ornements. On remarque dans le mur ouest l’ancien passe-plat de la cuisine qui était contigüe aux deux réfectoires et, incorporée dans le mur est, la chaire de lecture surélevée.

Le réfectoire des convers, une salle à deux vaisseaux construite après 1200, se trouve dans l’aile ouest du cloître. La voûte d’arêtes, rénovée en 1869-70, repose sur sept paires de fines colonnes jumelées. Les chapiteaux jumelés de l’ancienne voûte sont visibles dans la niche murale de cette salle.

C’est là que s’achève la visite du notre monastère.

Le groupe qui a partagé une très intéressante journée de visites sous un beau soleil.

 

Photos : Jean-Claude Durmeyer et Georges Traband