Assemblée Générale Régionale 2016
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Amicale Nationale des Retraités de l'Audiovisuel
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Notre section Alsace 3

Jeudi 4 juillet 2019

Randonnée pédestre à Moyenmoutier

 

Après s’être retrouvés à 9h00 devant la gare d’Étival, sept adeptes de marche à pied se rendent en voiture jusqu’au Pont de Malfosse, point de départ de la randonnée.

 

A côté du pont enjambant le ruisseau de la Basse de Malfosse, se trouvent les restes d’un barrage servant autrefois à l’alimentation en eau de l’une des trente scieries attestées au milieu du 18ème siècle dans le canton de Senones.

Sous la conduite éclairée de Loïc, la petite troupe se met en route en file indienne en direction de son premier but : la chapelle de Malfosse.

Fondateur de l’abbaye bénédictine de Moyenmoutier en 671, Saint-Hydulphe, né en 612 au sud de la Bavière, aurait embrassé très jeune la vie monastique à l’abbaye Saint-Maximin de Trèves avant de venir vivre en ermite dans la vallée du Raboteau où il bâtit sa hutte dans la forêt à mi-chemin d’Étival et de Senones. Sa renommée attirant bientôt une foule de disciples, il décida de construire un monastère qui devint l'abbaye de Moyenmoutier. 

Le succès de l’abbaye conduisit le saint à répartir les religieux en de petits prieurés extérieurs appelés cellae (cellules-chapelles). Ce fut le cas de Malfosse où Sainte Odile, la future patronne de l'Alsace née aveugle, aurait trouvé refuge vers 675 pour fuir la colère de son père Etichon-Adalric d’Alsace.
 

Plus tard, on enterra à cet endroit les enfants mort-nés, refusés au cimetière communal. L'ermitage fut par la suite occupé par des lépreux. Le dernier ermite serait décédé en 1781.
 

En 1921, l'abbé Varenne, curé de Moyenmoutier, restaura la chapelle et dégagea une esplanade où furent mises à jour les fondations de l'ancien ermitage (11 mètres par 8,50 mètres).
La chapelle fut surélevée et inaugurée en 1922 le jour de l'Ascension. Depuis un pèlerinage y a lieu, chaque année, le jeudi de l'Ascension.

 

Après cette première halte, la montée se poursuit vers la Croix de Malfosse.

Située au carrefour de cinq chemins à 592 mètres d’altitude, la croix de Malfosse en grès est posée sur un socle de cinq degrés. Surmonté du Christ en croix, le fut cylindrique comporte la sculpture d'un évêque : Saint Nicolas peut-être. 

Le socle carré porte une inscription « Ave Crux Spes Unica » (Salut, O croix, unique espérance ) et deux dates pour partie effacées : 1500 - 1803.

Après 2,5km de marche, c’est l’heure d’une courte pause « banane ».

Le groupe se dirige à présent vers le monument Sartorio et la Roche de la Mère Henry, haut-lieu d’affrontement entre Allemands et Français au début de la 1ère Guerre Mondiale.

En septembre et octobre 1914, le front est encore mouvant dans la région de Moyenmoutier et Senones. Les Allemands perdent du terrain mais parviennent à se fixer à Senones et sur la Roche Mère Henry qui domine la commune à la manière d’un belvédère.

Le 31 octobre, le 363e Régiment d’Infanterie attaque la roche fortifiée par les Allemands et permet aux Français de s’en approcher et de creuser des tranchées en contrebas. Le 19 novembre, une nouvelle attaque conforte l’avance avec la prise d’un blockhaus allemand. Dès lors une lutte acharnée s’engage, confrontant les spécialistes de l’explosif et de la grenade. L’ampleur des destructions est telle que la crête est surnommée le « Pelé » dès 1915. Après avoir fait rage plusieurs mois durant, la guerre de montagne s’amenuise sans jamais cesser définitivement.

Antoine Sartorio en train de sculpter le monument

Antoine Sartorio (1885- 1988), affecté à la vingtième compagnie du cinquième bataillon du 363e régiment d'infanterie de Nice, arrive dans les Vosges dans la nuit du 18 au 19 septembre 1914. Avant la fin de l'année, le front est stabilisé et le soldat Sartorio est en première ligne dans les tranchées de la côte 675, simple promontoire dans une sapinière. Face aux dangers et dans cette nature idyllique qu'il a vu dévastée par la guerre, l'artiste, ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, songe à une première réalisation monumentale un visage délicat de femme tenant une torche élevée au-dessus de sa tête qu'il nomme Pour L'Idée.

Hanté par les figures féminines, il réalise à la Roche-Mère-Henry La fille de la Mère Henry, aujourd'hui disparue, avant de graver Aux Morts glorieux, pour la patrie et l'Humanité en novembre 1915 également à la Roche Mère Henry. Consécration de sa renommée de sculpteur de la Grande Guerre, il a réalisé le cénotaphe présenté à la veillée funèbre du 13 juillet 1919 sous l’Arc de Triomphe à Paris.

Du côté français, une seule et unique casemate marque une différence fondamentale avec l’ampleur des défenses allemandes. Le commandement français est resté, tout au long de la guerre, collé à un esprit d’offensive dû à sa volonté farouche de libérer le sol national de l’invasion allemande. On note toutefois des tranchées maçonnées et un très grand nombre de sapes s’étendant au-delà de la Croix de Malfosse vers l’ouest.

Soldats français avec leurs masques à gaz

En avant des premières lignes de chaque belligérant se situe le « no man’s land », littéralement « la terre de personne. Ce terme, né de la guerre, désigne l’étendue de terrain ravagée et inoccupée entre les deux lignes de tranchées adverses. Couvert de barbelés et creusés de sapes d’approche, il est le théâtre des coups de main entre le Kanzel, abri sommital allemand, et le blockhaus sommital français.

Au lieu-dit Le Pelé, une croix en granit, mise en place par sa famille à la fin de la guerre, commémore la mort, le 10 décembre 1914, de Félix Pupi, né à Marseille le 9 septembre 1892, caporal du 363ème Régiment d’Infanterie, tué à 22 ans lors de l’attaque du premier blockhaus allemand installé en avant de la Roche Mère Henry.  

L’abri sommital allemand, surnommé « Kanzel », « la chaire », en raison de sa position au-dessus de la pente, va devenir au fil des mois une véritable forteresse de béton de plusieurs dizaines de mètres de longueur, d’une quinzaine de mètres de largeur et comprenant deux étages reliés par cinq puits intérieurs et des coursives.

Sapeurs allemands au travail

Le béton fait son apparition du côté allemand et les travaux, réalisés de nuit, vont s’intensifier non seulement sur la ligne de front mais aussi sur près de 20 kilomètres en arrière. C’est la formidable position fortifiée du massif du Donon.

Aujourd’hui, ce vestige de guerre sert toujours d’abri mais cette fois-ci pour accueillir d’autres mammifères plus atypiques : des chauves-souris ! Insectivores, elles hibernent pour économiser leur énergie faute de nourriture dans des cavités fraîches à température et humidité constantes. Offrant ces conditions, cet abri, désigné au sein du réseau Natura 2000, fait partie du site « Gites à chiroptères autour de Saint-Dié » géré par le Parc des Ballons des Vosges.

La Roche observatoire de la Mère Henry, promontoire formé de deux gros rochers est un endroit stratégique trouvant tout son sens dans la conquête et l’occupation militaires par les troupes allemandes de ce secteur.

Ce remarquable observatoire permet aux Allemands d’observer tout ce qui se passe dans la vallée du Rabodeau, du Donon à l’est, à la Meurthe à l’ouest, et de surveiller toute la vallée de Senones occupée. 

Vers le sud, les villages des Hauts de Salm et surtout le champ de bataille du plateau de Fontenelle tombent également sous les vues des jumelles des officiers chargés de l’observation. 

Sous la roche, les officiers font installer un poste de commandement remanié et bétonné en 1916. L’étude des différents abris montre une évolution dans la fortification de campagne allemande. Les premiers abris construits en bois et en pierres dès l’hiver 1914-15, vont être remplacés au cours du conflit par des constructions mixtes en pierres et en béton, puis par l’usage exclusif du béton. Celui-ci est parfois préfabriqué à l’arrière et les éléments sont montés sur la ligne de front. Le grand abri de la Roche Mère Henry est une construction mixte moellons/béton s’appuyant sur la roche sommitale tabulaire.

La descente étant très raide, on peut être tenté de l’effectuer à reculons !

En ce début d’été 1914, le carrefour de pistes, aujourd’hui appelé « Les quatre bancs », est un lieu champêtre prisé par les promeneurs et les chasseurs. Il se nomme à l’époque « Les 4 sapins ». C’est aussi un rendez-vous de chasse nommé le chalet Corbin où les promeneurs aiment à se reposer avant l’ascension de la Roche Mère Henry, ancien lieu dédié à la fécondité aux temps ancestraux.

Les Allemands surnommaient ce carrefour « Spinne », car les huit chemins y convergeant lui donnaient l’aspect d’une araignée sur la carte.

La table et les bancs installés sous l’édicule placé au centre du carrefour offre un abri parfait pour notre halte déjeuner. 

Quatre kilomètres sur un large chemin en pente douce restent à notre programme pour revenir à notre point de départ.

La boucle de 9 kilomètres est terminée, épilogue d’une belle journée !

Un seul regret ne pas avoir pu percer le mystère de l’origine de l’appellation « Roche de la Mère Henry », toutes les recherches étant restées vaines ! Si un lecteur de cette page connait la réponse merci de la communiquer à : georges.traband@orange.fr  

 

Photos Loïc Druart et Georges Traband