Assemblée Générale Régionale 2016
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Amicale Nationale des Retraités de l'Audiovisuel
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Notre section Alsace 3

Mercredi 26 septembre 2018 une journée à Sélestat

 

La Bibliothèque Humaniste

 

La journée débute par la visite de la Bibliothèque Humaniste qui tient depuis près de six siècles une place éminente dans le paysage culturel alsacien. Elle a été installée en 1889 au premier étage de la Halle aux Blés, ancien marché aux grains datant de 1843. La mosaïque de César Winterhalter avec l’aigle impérial et le lion du blason de la Ville da été ajoutée en 1907 sur sa façade. 

La Bibliothèque Humaniste a rouvert ses portes en juin 2018 après quatre ans de travaux. Le projet de restructuration imaginé par Rudy Ricciotti, architecte entre autres réalisations prestigieuses du MUCEM à Marseille, a non seulement permis de valoriser l’aspect monumental de la Halle aux Blés mais de gagner de nouveaux espaces par l’addition d’une extension habillée de grès rose et de verre. 

Avant de pénétrer à l’intérieur, les 39 curieux venus en covoiturage se sont groupés autour de notre guide sur le large parvis reliant l’hôtel d’Ebersmunster et à la Maison du Pain voisins à l’édifice ainsi métamorphosé pour répondre aux enjeux du 21ème siècle. 

La muséographie offre une vue d’ensemble de ce qui constitue le patrimoine culturel commun des humanistes de la Renaissance dans l’Europe du 16ème siècle. La richesse de la ville de Sélestat à cette époque est illustrée par des plans, une maquette interactive et des œuvres d'art rhénan. Des objets archéologiques, trouvés lors de fouilles sous la Bibliothèque Humaniste, sont aussi exposés.

Sur la fresque restaurée en 2017, réalisée initialement en 1462 dans la bibliothèque paroissiale puis restituée en 1889 lors de l’installation des livres dans la Halle aux Blés, figure l’inscription : « Pro Christi laude lege libros postea laude » « Pour la louange de Dieu lis ces livres et referme-les ».

Le 13 mars 1452, le curé Jean de Westhuss lègue à l’église paroissiale Saint-Georges, où ils seront conservés jusqu’en 1841, les trente manuscrits qui, enrichis de dons successifs, forment le noyau de la future Bibliothèque Humaniste. Objets d’autant plus précieux qu’ils sont rares, tous ces ouvrages sont indispensables à l’étude des étudiants et professeurs de l’école latine de Sélestat.

La Bibliothèque possède un exemplaire de la nouvelle édition de La Cosmographie de ¨Ptomélée, manuscrit rédigé par ce savant grec vers 150 après J.-C., que des savants et imprimeurs de Saint-Dié ont entrepris de réaliser à partir de 1506 et où apparaît pour la première fois le nom Amérique pour désigner le continent récemment découvert.

La partie centrale de l’exposition permanente présente le parcours de Beatus Rhenanus, de son vrai nom Béat Bild, né à Sélestat le 22 août 1485, qui légua à sa mort une exceptionnelle bibliothèque à sa ville natale en 1547. Ses 670 ouvrages constituent l’une des plus riches collections de la Renaissance, livres et objets retracent la vie de ce célèbre humaniste, notamment son cahier d’écolier qui l'accompagna à l'école latine sélestadienne où il entra à l’âge de six ans.

Après quatre années d’études universitaires à Paris, Béat s’installe en 1507 à Strasbourg où il devient éditeur et correcteur chez son ami imprimeur Matthias Schürer. Il y publie sa première œuvre personnelle la Vita Geileri, une biographie du grand prédicateur Jean Geiler et fréquente la Sodalitas litteraria, société littéraire fondée par Jacques Wimpheling, autre humaniste sélestadien.

En 1511, il s’installe à Bâle et se consacre, chez l’imprimeur Froben, à l’édition critique des textes de l’Antiquité gréco-romaine en effectuant un travail minutieux des manuscrits qu’il juge « corrompus » par la négligence des copistes.

En 1514, il rencontre Érasme de Rotterdam, de 19 ans son aîné, venu à Bâle pour y publier le Nouveau Testament en grec avec sa traduction en latin et des commentaires. Devenu son ami, Beatus Rhenanus dirige la publication de ses ouvrages jusqu’à la mort d’Erasme en 1536. Il sera aussi l’auteur de sa première biographie et de l’édition de ses œuvres complètes 

Beatus est anobli le 18 août 1523, à l’aube de son 38ème anniversaire, par l’empereur Charles Quint. La lette d’anoblissement précise qu’il est récompensé pour son « dévouement et sa fidélité », et surtout pour son « expérience et sa science réputée, singulière, inépuisable ». Malgré les vives tensions que connaît la chrétienté occidentale à cette époque, Charles Quint s’assure le soutien de Beatus en précisant dans la lettre d’anoblissement « afin que toi et ta postérité, vous soyez plus soumis et plus disposés à nous obéir à nous-mêmes ».

En 1528, Beatus Rhenanus se retire dans sa ville natale pour se consacrer à ses propres recherches. Outre la réédition de ses ouvrages sur Tacite, Tite-Live et Tertullien, son ouvrage Rerum germanicarum libri tres est une contribution très importante pour l’histoire de l’Allemagne.

Un cube de verre, imaginé par l’architecte Rudy Ricciotti, abrite les ouvrages les plus précieux des collections. Un dispositif numérique inédit permet de rentrer au cœur de ce Trésor, en feuilletant sans contrainte des livres aujourd'hui numérisés.

Avant de terminer la visite, il est également possible de se transformer virtuellement en typographe en formant un mot à imprimer grâce aux caractères typographiques rangés dans la casse où les caractères typographiques, portant chacun une lettre en relief, sont rangés dans de petits compartiments appelés cassetins.

L’église Sainte-Foy

En 1087, Hildegarde de Buren avait fondé à cet endroit une petite église, dédiée au Saint-Sépulcre, et en avait fait don en 1094 à l'abbaye Sainte Foy de Conques en Rouergue. Les moines bénédictins se retrouvèrent vite à l'étroit et entreprirent, au 12ème siècle, la construction d'une nouvelle église plus vaste en ne laissant subsister de l’ancienne que la crypte sous le transept. 

Après leur départ en 1424, ils furent remplacés en 1615 par les Jésuites qui réaménagèrent l'église à leur goût : agrandissement des fenêtres des bas-côtés, aménagement de tribunes au-dessus des bas-côtés. En 1734, ils remanièrent la tour nord de l'édifice accentuant ainsi la différence de hauteur avec la tour sud.

Entre 1889 et 1893, l'architecte Charles Winkler, chargé de rendre à l'église son aspect primitif, supprima les réalisations des Jésuites, harmonisa les tours en façade en élevant la tour sud à la même hauteur que la tour nord rabaissée et les couronna de flèches rhomboïdales. 

Il dota le vaisseau central et les bas-côtés d’un nouveau toit et ajouta à la façade un pignon orné de sculptures néo-romanes mises également en place à l’intérieur et à l’extérieur.

Les symboles des quatre évangélistes entourent le Christ en majesté sur le tympan polychrome qu’il a mis en place en 1890 sur le portail principal.  

Ils sont également figurés avec des scènes de la vie de Saint François-Xavier sur la cuve de la chaire en bois polychrome datant de 1733.

 

L’église Saint-Georges

Du fait de ses dimensions, l'église paroissiale Saint-Georges est souvent confondue avec une cathédrale. Ce n'est pourtant pas le cas, une cathédrale étant le siège d'un évêché, ce qui n'a jamais été le cas à Sélestat.

A l'emplacement de l'église se trouvait au 8ème siècle une chapelle baptismale carolingienne faisant partie d'un ensemble impérial construit par Charlemagne. Ce dernier vint d'ailleurs s'y recueillir au moment de Noël en 775.

Le chantier de l'église commença dans les années 1220 et se poursuivit en plusieurs étapes jusqu'au 15ème siècle. A cette période, le chœur d'origine fut remplacé par un sanctuaire beaucoup plus vaste orné de nombreuses verrières, dont 55 panneaux, réalisés entre 1430 et 1460, sont encore d'origine. Ils représentent les vies des Saintes Agnès, Catherine et Hélène de Constantinople.

Le tympan de l’Adoration des Rois Mages, ainsi que ceux des différents autres portails romans datent tous du milieu du 19ème siècle ; tout comme celui, représentant l’Ascension, du portail gothique du clocher. Haut de 60 mètres, sa construction, débutée au début du 14ème siècle, a été terminée en 1490. Il renferme six cloches dont la première, nommée « le bourdon », est décorée, entre autres, du lion de Sélestat. 

 

Déjeuner à l’Auberge de la Paix 

 

La Maison du Pain

Après le déjeuner, nous nous sommes rendus à pied jusqu’à la Maison du Pain installée, au centre historique de Sélestat, dans un bâtiment datant de 1522, poêle (Zunftstub) de l’ancienne corporation des boulangers.

Au rez-de-chaussée, le visiteur pénètre dans le fournil où il peut acheter les pains, kouglofs et gourmandises de toutes sortes produits ici quotidiennement.

Dans le hall d’accueil, l’escalier monumental, fait de pièces préfabriquées en béton, évoque immanquablement une pâte à pain travaillée. Il est éclairé par la grande verrière ouvrant largement sur l’église Saint-Georges voisine. 

A l’étage, la salle muséale regorge de renseignements sur le pain et sa filière de leur histoire à leur fabrication au moyen de maquettes, documentations et collections d’objets.

Premiers pains de l’humanité, maison néolithique, boulangerie romaine et reconstitution d’un moulin moyenâgeux racontent l’évolution de la filière blé-farine-pain à travers les âges.

Premiers pétrins mécaniques, broyeuse à chanvre, trancheuse à biscottes, batteur double à gaz et autres objets exposés ravivent les souvenirs d’un passé proche.

Nous découvrons également la riche collection de sacs de dot décorés de motifs traditionnels, de pots et boites de farine, de rouleaux à pâtisserie et aussi de moules à gâteaux qui accompagnaient autrefois tous les moments de l’année : Noël, Epiphanie, Pâques, ou de l’existence : naissances, mariages, etc. 

Une fresque de 1522, sur laquelle on devine encore la représentation d’un cortège de boulangers, orne le seul mur non lambrissé de la grande salle d’apparat de la corporation, où se réunissaient boulangers et meuniers de Sélestat.  

Notre journée s’achève dans cette salle de la « Zunft » ou « poêle » parce que c’était autrefois la seule salle chauffée à l’aide d’un grand poêle qu’il aurait été bien inutile d’allumer par cette superbe journée de l’automne 2018 !

 

Photos Jean-Claude DURMEYER et BIBLIOTHEQUE HUMANISTE