Assemblée Générale Régionale 2016
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Amicale Nationale des Retraités de l'Audiovisuel
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Notre section Alsace 4

Mardi 21 mai 2019

Randonnée et repas marcaire au Petit Ballon

 

A l’initiative de Marc Petitjean, grand amateur du lieu, 24 retraités venus en voiture d’Alsace ou de Lorraine se sont retrouvés peu avant 10 heures sur le parking de la ferme auberge Kahlenwasen, noyée dans les nuages et le brouillard.

Tenue depuis des décennies par la famille Lochert, son nom "Kahlenwasen" est la contraction de « Kahler Wasen », une des deux appellations désignant le Petit Ballon pour nos voisins d’Outre-Rhin, l’autre étant « Kleiner Belchen ».

Avant de se mettre en chemin sur les pentes du Petit Ballon, nos marcheurs tiennent à immortaliser l’instant devant la porte de la ferme-auberge.

Loïc Druart, grand connaisseur des sentiers vosgiens, a sélectionné une randonnée de 5,8 kilomètres avec un dénivelé de 319 mètres à parcourir en 2h30 environ.

Dès le départ, la troupe s’étire en file indienne pour une mise en jambes assez rude sur le sentier raide s’élevant rapidement.

Un coup d’œil en arrière montre la distance parcourue en quelques minutes depuis la ferme-auberge qui est déjà au loin.

La pente est beaucoup plus douce dans la forêt de hêtres délicatement nimbée de brume.

Une première halte est la bienvenue.

Le point de vue est décevant car la plaine d’Alsace, noyée au loin dans les nuages, se devine à peine.

La troupe repart d’un bon pied d’abord dans une montée puis, plus précautionneusement, dans une descente abrupte où il est recommandé de ne pas quitter des yeux la pointe des chaussures.  

C’est l’arrivée à la ferme-auberge du Strohberg tenue depuis plus de 100 ans par la famille Barb. Ses origines remonteraient au 17ème siècle, en faisant une des plus anciennes du massif vosgien.

La terrasse surplombe les pâturages où broutent les vaches vosgiennes à la robe si caractéristique. Après avoir vu ses effectifs régresser dangereusement, la race est à nouveau en développement aujourd’hui. Candy, sa représentante, a été, en 1911, la mascotte officielle du Salon de l’agriculture à Paris.

Après cet intermède, tout le monde reprend la marche pour une nouvelle montée agréable. 

Plan du parcours à la main, Loïc indique que le deuxième kilomètre, soit le tiers de notre randonnée, est atteint. Il est 11h00, le timing prévu a été respecté.

Vestige de la Première Guerre Mondiale, un blockhaus est planté au bord du sentier. Il rappelle qu’en 1915, les Allemands avaient transformé le Petit Ballon en une véritable forteresse comportant quatre étages de casemates souterraines desservies par un téléphérique qui partait de Wasserbourg.

Le chemin est bordé de sorbiers des oiseleurs ou sorbiers des oiseaux, arbres caractéristiques de la moyenne montagne. A la fin de l’été, ils se garnissent de jolies baies rouges qui persistent longtemps en hiver, constituant une réserve de nourriture très appréciée des oiseaux d’où son nom.

Atteignant la moitié du parcours, les marcheurs abordent une nouvelle montée pas trop raide d’un pas plus léger qu’en début de randonnée.

Plante connue depuis le Moyen Age, la pensée sauvage, ou pensée tricolore, est utilisée dans le traitement de certaines affections cutanées. Elle a des propriétés curatives contre les démangeaisons, les refroidissements induisant de la fièvre et les inflammations de la gorge. On lui reconnaît aussi des vertus dépuratives, cholérétiques et sédatives.

Près d’un panneau indiquant la direction du sommet, la troupe ne manque pas de respecter une tradition chère à tous les randonneurs : la « pause banane » pour se restaurer ou se désaltérer.

Un dernier raidillon mène au sommet qui, avec ses 1272 mètres, n’occupe que le quinzième rang dans la listes des points culminants du massif vosgien.

Traduisant sa forme arrondie pour les uns, l’appellation du Petit Ballon correspond plutôt, pour les autres, à la francisation de « Kleiner Belchen », nom allemand qui fait référence à Belen ou Belenos, « le brillant », dieu solaire celte et gaulois, dieu de la médecine assimilé à Apollon, auquel un temple aurait été dédié en ce lieu aujourd’hui « christianisé » par une statue de la Vierge.  Placée à quelques mètres, une antenne-relais radio dénature un peu l’endroit qui est également un site d’aéromodélisme recherché.  

La descente très raide et bosselée requiert beaucoup d’attention ; dans le sens inverse, les VTTistes sont même contraints de mettre pied à terre.

Bref arrêt au col du Petit Ballon. En 2014, lors de la 10ème étape du Tour de France cycliste, ses 1163 mètres ont été atteints en premier par le coureur espagnol Joaquim Rodriguez surnommé Purito.

Plutôt que d’emprunter la route directe, Loïc Druart a opté pour une boucle supplémentaire dans la chaume où l’étroit chemin serpente parmi myrtilles, bruyères, arbustes et rochers.

La ferme auberge est en vue au bas de la route.

Six non-marcheurs s’étant joints aux vingt-quatre randonneurs, trente convives sont attablés pour déguster le repas marcaire.

En apéritif est servi un délicieux mélange d’aspérule et de vin blanc.  Petite plante vivace de mi ombre et de sous-bois de la famille des rubiacées, très courante dans l’Est, l’aspérule odorante (dénommée Waldmeischter en alsacien) est appelée aujourd’hui gaillet odorant (Galium odoratum), ou encore reine des boismuguet des dames ou petit muguet. 

Pour faire le vin à l'aspérule, on la récolte au début de la floraison, en général à partir de début mai, en coupant avec un couteau bien aiguisé les sommités fleuries avec les feuilles, assez loin du sol pour qu’elle repousse bien les années suivantes. Puis on en laisse macérer 50 grammes pendant 15 jours dans un litre de vin (blanc ou rouge) avec 50 grammes de sucre. Au bout de 15 jours, on filtre et on met dans des bouteilles à système (type bouteille à cidre bouché ou à limonade) car la macération rend le mélange gazeux.

Menu traditionnel servi au Kahlenwasen, comme dans les autres fermes-auberges des Hautes-Vosges, le repas marcaire débute par la soupe de légumes suivie d’une la tourte qui « calent » déjà bien les estomacs.

Le plat principal est composé de viande de porc fumée accompagnée des « roïgabrageldi » : pommes de terre en lamelles cuites pendant 2 à 3 heures dans le beurre fermier avec des oignons et du lard.

Pour clore son repas, chacun peut choisir entre fromage de Munster (ou Bargkas), tarte maison au fromage ou aux fruits (il est trop tôt pour les myrtilles), fromage blanc arrosé de kirsch ou encore vacherin glacé surmonté de crème chantilly.

Le moment est venu de regagner les voitures pour prendre la route du retour, mais avant Thaddée raconte une dernière histoire qui déclenche l’hilarité générale.

Mieux vaut la voiture car le décollage de cet aéroplane ne saurait être garanti !

 

Photos : Christian COMTE et Michel MATHES