Assemblée Générale Régionale 2016
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Amicale Nationale des Retraités de l'Audiovisuel
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Notre section Alsace 6

10 janvier 2019

Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Exposition de dessins d’artistes français

 

Nous sommes 25 pour suivre les explications éclairées de Julia Walter, la jeune et talentueuse guide qui nous avait déjà fait marcher, ici même l’an dernier, sur les traces de Paul Cézanne.

Cette fois, il s’agit de découvrir 120 œuvres, regroupées sous le titre « regarder penser rêver », qui ont été sélectionnées parmi les dessins, conservés par le musée badois, réalisés par des artistes français entre le 16ème et le 20ème siècle.

La première salle présente, en guise d’introduction, quatre œuvres dont les auteurs ont utilisé différents matériaux et techniques explicités par la suite tout au long de l’exposition.

Un dessin à la plume et lavis brun réalisé vers 1640 par Claude Lorrain montrant l’Ancienne chute de l’Anio à Tivoli 

Une sanguine de Hubert Robert datée de 1762 présentant la statue équestre de Marc Aurèle devant le Capitole.

Un dessin de 1878 avec des craies noire et blanche sur papier gris d’une petite danseuse en contre-jour, thème auquel Edgar Degas s’est particulièrement intéressé. 

<Des pastels sur papier gris bleuâtre dans des tons vifs caractéristiques d’Odilon Redon, vers 1898, évoquant l’inconscient et le rêve qui constituaient les principales sources d’inspiration de l’artiste.

Dans la salle suivante se trouvent les pupitres où sont habituellement présentés, par roulement, les dessins de la collection du musée trop fragiles pour être exposés en permanence. Là, on peut voir différents supports ainsi que des marques et inscriptions déchiffrables au dos des œuvres. Celles-ci constituent une mine d’informations aussi bien sur l’artiste et le sujet de l’œuvre que sur sa fonction et ses propriétaires successifs.

Pour la suite de l’exposition, les œuvres sont accrochées selon l’ordre chronologique du 16è au 20è siècle.

Le portrait d’Henri III, roi de France, réalisé vers 1580 avec des craies noire et rouge, attribué aujourd’hui à Jean Decourt après l’avoir été par erreur au Titien, est typique de l’art de la Cour de France au 16ème siècle.

Rappelant les doubles portraits des médaillons antiques, ce dessin avec des craies noire et de diverses couleurs du à Jean-Baptiste de Champaigne vers 1678, montre l’artiste en compagnie de sa femme Geneviève Jehan. 

Selon ses propres déclarations, Antoine Coypel a travaillé « ad vivum » (d’après la vie) pour réaliser, en 1697, avec des pastels sur papier brun, ce portrait d’un homme barbu à l’expression enjouée et espiègle.

Théoricien de l’art et premier peintre de Louis XIV, Charles Le Brun, qui domina l’art à l’époque de la monarchie absolue, est l’auteur, vers 1660/65, de cette sanguine, esquisse de trois nus féminins, représentant la reine Esther s’évanouissant lorsque son époux Assuérus, roi de Perse, se met en colère après qu’elle l’eut imploré d’accorder sa grâce au peuple juif.

Le 18ème siècle, époque des Lumières, fut l’âge d’or du dessin français. Pour de nombreux artistes, tels Claude Gillot, Antoine Watteau, Nicolas Lancret ou Edme Bouchardon, les œuvres sur papier jouissaient du même prestige que les tableaux. Les dessins de cette époque se caractérisent par leur grande vitalité et leur haut degré de personnalisation. 

Les artistes du 18ème siècle, comme François Boucher et Jean-Baptiste Greuze, avaient une prédilection pour la sanguine, matériau d’un rouge vif et chaud fabriqué avec de la terre riche en fer, utilisé sous forme de bâtonnet facilement maniable. 

Utilisé par les artistes depuis la fin du 15ème siècle, le papier bleu accentue le contraste entre les tons clairs et sombres. Sa teinte particulière était obtenue en utilisant des chiffons de cette couleur pour réaliser la pâte, ou bien en la teintant ultérieurement avec du smalt, de l’indigo, du bleu de Prusse ou du bleu d’outremer. Jean-Baptiste Oudry l’a employé pour ces trois dessins : Hippocrate et Démocrite – La Mort et le mourant – Le Milan et le rossignol

Le dessin de Hubert-François Gravelot représentant Henri IV devant Elisabeth Ière d’Angleterre, dont les deux faces sont visibles ici, explicite le décalquage, technique la plus fréquemment utilisée pour transposer une œuvre sur un autre support. Après avoir dessiné au recto du feuillet, Gravelot a passé de la sanguine au verso puis suivi les contours de sa composition avec une pointe métallique, transposant ainsi le dessin sur une seconde feuille de papier ou sur une plaque d’imprimerie. Une autre technique est la mise au carreau qui permet de reproduire une composition en format plus grand ou plus petit.

Les illustrations ont pour fonction d’établir un lien entre les deux formes d’expression artistiques que sont le texte et l’image, le premier s’étalant dans le temps tandis que la seconde est instantanée. Les dessinateurs ont donc, de tous temps, représentés les moments clés du texte qu’ils étaient chargés d’illustrer. Dans celles du poème épique de l’Arioste, « Roland furieux », réalisées en 1780, Fragonard établit son indépendance face au texte par une interprétation très libre.

Jean-Jacques de Boissieu a dessiné, entre 1770 et 1773, ce portrait en alternant subtilement des traits de sanguine tantôt précis, tantôt estompés, conférant ainsi au dessin une expressivité, retrouvée sur d’autres œuvres, qui lui valut, déjà de son vivant, le surnom de « Rembrandt français ».

Même si les dessins sont depuis longtemps des œuvres d’art à part entière au même titre que les tableaux, beaucoup sont des études préparatoires ayant permis à l’artiste de développer son idée, d’en tester la composition, le mouvement et l’éclairage. C’est le cas des esquisses que Théodore Géricault a faites en 1816 immédiatement après avoir découvert les fresques de la chapelle Sixtine et plus encore de celles d’Eugène Delacroix pour le recueil de lithographies conçues comme des illustrations du Faust de Goethe publié en 1928 ou bien les études pour le salon du roi du Palais Bourbon. 

Daumier s’est intéressé durant toute sa carrière au couple antagonique formé par Don Quichotte et Sancho Panza. Le trait léger, à la limite de l’esquisse, du dessin réalisé vers 1864/66 à la plume noire et au pinceau gris, est typique du style de Daumier qui est également l’auteur du petit tableau montrant les deux héros mythiques de Miguel de Cervantès.  

Figure clé de l’impressionnisme, Camille Pissarro est surtout connu pour ses paysages et ses représentations des paysans aux champs mais aussi ses scènes montmartroises. Il a également réalisé de nombreux dessins figurant des personnages comme ce fusain sur carton gris brunâtre d’une femme avec un turban et une robe longue vue de dos.

Version moderne du stylet de plomb utilisé dès l’Antiquité, le crayon ou « mine de plomb » est en fait fabriqué, non avec du métal, mais du graphite, type de carbone dont le premier gisement fut découvert en Angleterre vers 1860/65 tandis que le premier brevet pour un crayon en graphite a été déposé en 1795 par Nicolas-Jacques Conté. De nombreux artistes français, parmi lesquels Théodore Rousseau, Jean-Baptiste-Camille Corot, Jean-Auguste-Dominique Ingres, appréciaient le graphite pour sa vaste de gamme de possibilités.

Utilisées notamment par Théodore Rousseau, Henri-Joseph Harpignies, Paul Gauguin, l’aquarelle et la gouache sont deux techniques de peinture à l’eau utilisée pour diluer un mélange de pigments et de liant, complété pour la gouache par un pigment blanc et de la craie en poudre lui donnant un rendu plus mat et plus opaque que celui de l’aquarelle, technique lumineuse et « alla prima » donc ne souffrant pas de corrections.

Techniques de dessin « à sec », le fusain et la craie noire ne sont pas toujours faciles à distinguer. Les bâtonnets de fusain sont de petites branches de saules carbonisées en vase clos, tandis que ceux de craies noires sont constitués de morceaux d’ardoise débités ou de poudre d’ardoise pressée. Georges Leroux a mélangé gouache, craies noire et de différentes couleurs pour « Le Moulin de la Galette », alors que Charles-François Daubigny a utilisé craie noire et blanc opaque pour « Vendanges en Bourgogne ».

Mis à l’honneur ici par Edgar Degas, Armand Guillaumin, Edouard Vuillard ou encore Suzanne Valadon, le pastel occupe une place intermédiaire entre le dessin et la peinture. Les crayons de pastel se composent de pigments pulvérisés mélangés à de la craie ou de la céruse, compressés, mis en forme et séchés après l’ajout d’un liant à base d’eau. Ce type d’œuvre est particulièrement fragile car la poussière de pastel n’adhère que légèrement sur la surface du support sur lequel le bâtonnet est frotté.

Célèbre pour son œuvre littéraire, Victor Hugo l’est moins pour ses nombreux dessins peu conventionnels en raison de la large part laissée au hasard. C’est le cas de ce « Paysage avec pont », daté de 1856, pour lequel il a roulé sur le papier un objet cylindrique imprégné d’encre marron qui y a tracé des formes aléatoires complétées ensuite par un dessin à la mine de plomb figurant un pont. 

Réalisé vers 1892 au pinceau violet, gris et blanc opaque sur papier brun clair par Pierre Bonnard, ce portrait de son neveu et de sa sœur, saisis dans leur environnement familier, est à la fois humoristique et touchant. Le blanc opaque utilisé pour les carreaux de la fenêtre génère un contre-jour accentuant le gros plan sur les deux personnages rendus à grands coups de pinceau suggérant les formes en évitant les détails. 

Daté de 1912, ce dessin à la mine de plomb sur papier brunâtre, intitulé « Nature morte à la bouteille, au verre et aux raisins », est l’un des rares jamais réalisés de Georges Braque, véritable « penseur » du Cubisme, qui était plus peintre que dessinateur.

Bien que réalisée en 1918, « Cylindres de couleur », cette aquarelle sur mine de plomb sur carton brun clair de Fernand Léger, datant de la période « mécanistique » durant laquelle l’artiste s’efforça de rendre les formes toujours plus présentes dans la société de son époque, a conservé toute sa luminosité et toute sa transparence.

En conclusion, une fort intéressante exposition qui nous a fait découvrir des aspects souvent méconnus de l’œuvre de nombreux artistes français.